Toile de fond


« Dieu aima les oiseaux et inventa les arbres, l’homme aima les oiseaux et inventa les cages. »
— Jacques Deval

Depuis plusieurs décennies, les sociétés occidentales ont découvert le monde enchanteur des oiseaux comme animaux de compagnie. Les marchés mondiaux et les importations ont proliféré. Les oiseaux incarnaient l’exotisme qu’on voulait faire entrer dans les foyers. Des personnes de toutes nationalités et de différents bagages se sont intéressées à l’étude des espèces, à l’analyse des comportements, aux recherches scientifiques, au développement des produits et des marchés. Des pays sous-développés ont organisé des commerces clandestins d’exportation. Tout un marché de l’économie mondiale allait se dessiner autour du marché international des oiseaux dits de cage et de volière.

Partout dans le monde, on apprenait à vivre avec les oiseaux. Des associations d’amateurs se créaient pour échanger sur le bonheur de vivre avec les oiseaux. Des associations d’éleveurs devenaient des créateurs d’espèces, se bonifiant par des expositions aviaires de toutes sortes. Des règlements d’expositions s’imposaient : des personnes développaient de plus en plus de connaissances, les reconnaissances d’experts s’attribuaient entres pairs, et les oiseaux comblaient de bonheur tous les nouveaux propriétaires. Sans oublier le marché des produits pour oiseaux qui prospérait, les revues d’informations internationales, les recherches sur l’alimentation, sur les maladies, sur les produits de santé.

Le bonheur. On se comblait, en tant qu’humain, en s’appropriant la vie des êtres qui possédaient la liberté dont on rêvait tous : VOLER.

Mais que se passe-t-il donc maintenant ?

Ces oiseaux de compagnie sont tout à coup plus nombreux que le nombre de personnes susceptibles de répondre à leurs besoins à long terme… Ces animaux si merveilleux et si prestigieux vivent longtemps et ont des besoins que nous devons respecter, comme il en va pour les autres animaux de compagnie.

En apprenant à vivre avec les oiseaux, nous avons aussi appris que nous ne pouvions répondre à tous leurs besoins. La captivité que nous leur imposons dure LONGTEMPS. La longévité importante de ces animaux est une réalité dont nous devons être conscients dès leur adoption.

Nous constatons aujourd’hui que nous ne pourrons dissocier leur nature exotique de leur génétique, toutes espèces confondues. Aujourd’hui, apprendre à mieux vivre avec ces animaux exotiques détenus en captivité exige beaucoup plus que nous l’aurions imaginé il y a quelques décennies.

Au Québec, des personnes qui ont vécu et observé le comportement aviaire depuis plusieurs années ont développé une expertise de très grande qualité, et plusieurs intervenants de la communauté aviaire québécoise sont reconnus à l’extérieur de nos frontières.

Nous nous sommes sensibilisés aux besoins spécifiques de ces animaux. Nous avons découvert leur nature grégaire, leur besoin de voler. Nous désirons maintenant leur offrir une qualité de vie digne de leurs besoins.

Voici la question que l’on doit se poser à l’heure actuelle, alors que les refuges sont bondés de perroquets de toutes espèces, autant au Québec qu’aux États-Unis ou en Europe : sommes-nous toujours en mesure d’offrir une qualité de vie adéquate à tous ces perroquets dans un contexte de captivité ?

La réponse doit se faire à l’intérieur de chacun de nous.

Les perroquets sont tout autant abandonnés et maltraités que les autres animaux domestiques avec lesquels nous sommes habitués de partager nos vies. La problématique n’est pas si différente dans le cas des perroquets. Ils nécessitent cependant des aménagements différents à la grandeur de leur besoin de voler. De plus, la question de longévité demeure incontournable : jusqu’à trois fois plus importante que les autres espèces domestiques.

Selon la qualité de vie découlant des aménagements de la captivité, la souffrance peut être très longue… Un oiseau, symbole de liberté par excellence, en captivité… Soyons logiques, l’immensité du ciel appartient à leurs gênes et nous ne pouvons leur rendre leur liberté.

Il y a maintenant des alarmes qui retentissent à plusieurs niveaux. Les radicaux prônent la fin des élevages, tandis que les puristes développent des méthodes d’élevage pour « déshumaniser » les perroquets.

L’étude scientifique de l’intelligence et des comportements des perroquets propose l’apprentissage des jeux pour contrer l’ennui, la résignation et la dépression chez certains sujets. Les philosophes nous incitent à réfléchir de plus en plus sur les droits des animaux. Les mouvements de protection des animaux appuyés par les écologistes et les praticiens du développement durable nous obligent aussi à réévaluer nos valeurs.

Malgré tout, les perroquets sont de plus en plus abandonnés, changent de propriétaires jusqu’à six fois par décennie, développent des comportements de plus en plus troubles et continuent de se multiplier.

C’est dans ce mouvement international de protection des animaux que la Coopérative de solidarité d’entraide pour la survie des perroquets, CO-ESP, désire se positionner, afin d’établir des principes, des balises spécifiques à la qualité de vie à long terme de ces animaux si magnifiques que sont nos perroquets.

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