Vivre avec un tout petit perroquet qui prend BEAUCOUP de place

CVersaillesPar Claire Versailles

Note : D’abord publié dans la revue Traits de plumes (vol. 16 no 5, 2010), cet article est reproduit avec l’aimable permission de l’AQAP (Association québécoise des amateurs de perroquets).

Un impact disproportionné
Comme notre perroquet est une perruche ondulée de 33 grammes, nous jugeons que son impact sur nos vies est complètement démesuré. On comprendrait qu’un gros chien ou qu’un oiseau de grande taille nous accapare à ce point, mais, une petite boule de plumes à peine plus pesante qu’une lettre standard ? Même l’expérience que nous avions acquise auprès des divers perroquets ayant appartenu à l’une de mes sœurs ne nous avait pas préparés à ce dénouement. Notre Babi, un mâle arlequin qui a atteint ses cinq ans en septembre 2010, prend tout simplement autant de place qu’un humain, sinon plus !

Cette expérience de vie aux côtés d’un perroquet, avec ce qu’elle comporte d’exigences et de pur bonheur, est celle que je partage dans le présent article.

Les exigences fondamentales
D’abord et avant tout, il faut s’occuper des nécessités de base de l’animal : il ne s’agit pas simplement de lui fournir l’eau et la nourriture auxquelles il n’a pas accès sans notre intervention, mais de s’assurer que sa diète répond bien aux besoins de l’espèce. Il faut prendre le temps de s’informer adéquatement quant à ces besoins et élaborer une stratégie pour que l’oiseau ingère bel et bien les aliments offerts. Avec un membre de la famille du perroquet, cela n’est pas toujours chose facile… Tout jeune, Babi n’était pas friand de légumes et fruits, mais la persévérance en a eu raison et il a maintenant plus de 25 légumes et quelques fruits à son répertoire. Certes, il n’est pas fou de toutes ces offrandes, mais la stratégie de « macédoine émincée », à laquelle j’ajoute un produit céréalier (pâtes ou couscous de blé, riz, etc.), ne lui permet pas de discriminer. Comme je crois que la variété dans l’alimentation est une stimulation additionnelle pour l’oiseau, je modifie la « macédoine » pour qu’elle ne soit jamais pareille d’un jour à l’autre ! Voilà déjà une corvée matinale non négligeable… Vient ensuite la question du « logement » et des accessoires nécessaires au confort de notre protégé. Qui dit « logement » dit aussi « propreté des lieux » : je me tape un nettoyage sommaire de la cage à tous les matins, et je me réserve un nettoyage plus approfondi comme tâche hebdomadaire.

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Autres exigences physiques
En plus de nourrir et de loger son compagnon, il faut lui procurer les soins de base indispensables à sa sécurité et à sa bonne santé (contrôle des griffes, baignades, luminosité, etc.). S’il n’aime pas la baignade, comme c’est le cas pour Babi, il doit être douché au moins une fois par semaine. Comme on sait que les oiseaux tentent de cacher leurs malaises aussi longtemps que possible, on se maintient en constante observation du moindre petit signe d’affliction, et on se précipite chez notre vétérinaire aviaire aussitôt qu’on la juge sous-jacente ou apparente. Il faut également s’assurer que notre sujet fait suffisamment d’exercice en l’encourageant à voler et à être actif. Notre Babi est laissé en liberté de 9h00 à 17h00 environ, dans une seule pièce de la maison, soit le solarium ou la salle à dîner. L’emplacement stratégique de perchoirs encourage les déplacements et favorise l’activité physique. Ici encore, c’est à nous que revient la tâche de décrotter : on peut facilement contrôler les espaces se trouvant sous les perchoirs, mais le Babi, de nature très enjouée, a une prédilection pour le plancher ! Voilà qui n’est pas si facile à contrôler… En guise d’encart, je voudrais souligner qu’il est impossible d’entraîner une ondulée à fienter à un endroit spécifique : lorsqu’elle se lâche, l’ondulée n’en a même pas conscience ! Notre solarium tient lieu de « salle de séjour » et notre salle à dîner vient en deuxième, côté achalandage. Ce sont donc des espaces que nous partageons quotidiennement avec la gent aviaire, nous imposant de torcher le plancher fréquemment et assidûment, minimum trois fois, excluant la grande finale après la rentrée en cage.

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Les exigences intellectuelles
Les vols et acrobaties, c’est bien beau, mais ça ne suffit pas pour contenter un perroquet. Qu’il soit en cage ou pas, il faut lui fournir des stimulations dignes des capacités de son intellect : occasions de fourrager, apprentissages divers au moyen de jeux et d’activités interactives, et jouets en abondance. Est-ce suffisant ? Pas du tout ! Périodiquement, il faut assurer une rotation des jouets et des perchoirs et lui en offrir de nouveaux. Une modification occasionnelle de son environnement immédiat sera une source de stimulation additionnelle. Cela nous demande une constante réinvention de la roue qui exige des investissements considérables en temps et en imagination.

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Les exigences sociales et affectives
Selon certaines sources, on ne doit jamais laisser une ondulée seule, même pas durant 20 minutes pour faire une course… On peut considérer cette affirmation comme exagérée ou même extrémiste, mais on ne peut contester le fait que l’ondulée figure parmi les espèces les plus grégaires. L’instinct grégaire compte d’ailleurs parmi les grands instincts de base du perroquet en général.

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Avec Babi, nous préconisons beaucoup les jeux et activités interactives mentionnés au volet précédent, car ils représentent une « arme à double tranchant » : méthodes d’apprentissage, certes, mais qui répondent également aux besoins de contacts sociaux. Nous faisons ainsi d’une pierre, deux coups ! En outre, même s’il est possible à ces occasions de glisser quelques bisous ici et là, on se doit de faire plusieurs séances quotidiennes uniquement consacrées aux bisous : il n’en tarit jamais et use du moindre prétexte pour en donner et en recevoir encore et encore !

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Par ailleurs, vivre avec un perroquet exige que l’on se transforme en véritable psychologue, capable de percer les grands mystères du domaine des émotions. Il y a, en effet, une grande faille dans l’armature du perroquet : le faible niveau de son intelligence émotionnelle, qui n’a pas suivi l’évolution de ses capacités cognitives. Babi peut nous faire des petites crisettes de nerfs à la manière d’un enfant de deux ans. C’est pourquoi nous l’avons surnommé le « p’tit boss des bécosses »… Il y a des situations qu’il ne peut PAS accepter et nous avons compris avec le temps qu’il était préférable de tout simplement les éviter.

Comme il nous est impossible d’interagir avec Babi tout au long d’une journée, nous avons accueilli en septembre 2006 un serin du Mozambique, une femelle nommée Biquette à qui nous avons donné mission de « tenir compagnie » à Babi. Leur relation a évolué lentement mais sûrement, et ils sont éventuellement devenus, contre toute attente, les meilleurs camarades qui soient. Ils volent ensemble, se perchent ensemble, se visitent mutuellement dans leurs cages, et vont jusqu’à manger ensemble dans le même plat ! Le Babi passe une bonne partie de sa journée à courtiser la Biquette, mais elle le considère plutôt comme son grand-frère… Qui aurait cru qu’un petit bec droit de 10 grammes et un petit bec crochu de 33 grammes non élevés ensemble puissent devenir aussi proches ? Il faut peut-être considérer cela comme une manifestation des besoins sociaux et affectifs des oiseaux. Quoi qu’il en soit, voilà une situation qui nous apporte un peu de répit !

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Bilan des exigences
Si l’on fait le bilan des rubriques précédentes, on constate que le fil de mes journées en compagnie d’un perroquet est centré sur : la préparation de petits émincés gourmets ; le nettoyage de cages et le décrottage fréquent de la pièce « aviaire » ; la confection de jouets et d’accessoires ; l’animation d’activités variées et renouvelées ; la distribution de nombreuses marques d’affection ; sans compter les longues heures d’inquiétude pour ceci ou pour cela qui viennent parfois ponctuer le cours des choses…

Il n’y a pas de doute : c’est très accaparant !

Cependant, il faut distinguer les « corvées » des « plaisirs sans bornes ». Je me passerais bien du décrottage et du stress de l’inquiétude, mais je ne céderais pour rien au monde les autres aspects en cause. C’est pourquoi j’ai gardé pour la fin les points on ne peut plus positifs qui en découlent.

Le pur bonheur
Jamais je n’aurais pu imaginer, même dans mes rêves les plus farfelus, qu’un membre de la famille du perroquet puisse être si FIN, dans tous les bons sens du mot. Le nôtre a des petits yeux noirs qui vous scrutent jusque dans l’âme ; une petite frimousse espiègle qui respire l’intelligence et la vivacité ; un désir et une joie insatiables d’apprendre et de comprendre, de collaborer avec entrain et d’interagir positivement ; un tempérament débordant d’affection et de chaleur. Qu’il s’agisse de jeux loufoques ou de véritables exercices, ce sont des interactions qui se traduisent toutes en moments de pur bonheur.

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Et que dire de ces échanges où les bisous fusent de part et d’autre, alors qu’il ferme langoureusement les yeux, tout empreint de contentement et de bien-être ? Pur délice ! Et sa façon de grimper sur mes lunettes pour faire le toilettage de mes sourcils ? Irrésistible !

J’entends souvent la remarque suivante : « Un oiseau, ça met beaucoup de vie dans une maison. » J’irai plus loin en affirmant qu’un oiseau tel que Babi nous communique une véritable « leçon de vie » : une façon de s’adapter aux situations pour en tirer le maximum ; une apparente insouciance qui sous-tend une capacité inouïe de vivre « dans le moment » ; bref, une joie de vivre et une bonne humeur qui se répandent et se transmettent telle une contagion.

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Mon titre revisité
Le titre de mon article accuse la place démesurée que prend un tout petit perroquet dans notre réalité quotidienne. Ce n’est qu’une façon « d’accrocher » le lecteur, car il s’agit, en réalité, de la gigantesque place qu’il occupe dans nos cœurs…

NDA (août 2013) : Notre Babi est décédé le 3 décembre 2012 à sept ans et trois mois… Il occupe encore une si grande place dans nos cœurs, nos esprits et nos âmes, qu’il nous manque désespérément.

« Il n’y a pas de plus grande douleur que de se rappeler le temps du bonheur dans l’infortune. »
— Dante

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