Dans la tête d’un perroquet

CVersaillesPar Claire Versailles

Note : D’abord publié dans la revue Traits de plumes (vol. 18 no 3, 2012), cet article est reproduit avec l’aimable permission de l’AQAP (Association québécoise des amateurs de perroquets).

Une adaptation difficile
Depuis le déménagement de ma sœur Denise de Montréal à Matane à l’automne 2009, il est évident que son gris du Congo Bidule n’est pas aussi à l’aise dans son nouvel environnement qu’il ne l’était dans l’ancien. Il faut dire que les deux maisons diffèrent en plusieurs points puisqu’il s’agit maintenant d’un cottage plutôt que d’un bungalow. Comme l’étage supérieur ne comporte que des chambres bien garnies de tapis et de meubles, en plus d’une salle de bain, les oiseaux sont logés au rez-de-chaussée et l’accès à l’étage leur est interdit. C’est la même vie qu’auparavant dans l’ancien bungalow – concentrée sur un étage –, sauf que la présence d’un étage « par-dessus la tête » apporte sûrement une dimension différente pour les oiseaux, notamment au niveau des sons et bruits qui proviennent d’en haut.

Un problème de baignade
C’est probablement cet état de choses qui a engendré un nouveau comportement chez Bidule, tout à fait indésirable du point de vue de Denise. En effet, dans la nouvelle maison, chaque fois qu’elle montait pour aller se détendre dans un bon bain et qu’elle actionnait les robinets, cela déclenchait chez Bidule un accès de cris stridents et incessants qui ne s’arrêtait que lorsque Denise redescendait l’escalier une fois sa toilette terminée. Comme Bidule est particulièrement habile à imiter les cris amazoniens d’une touï catherine, « détente » et « bain » ne faisaient désormais plus partie de la même équation…

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Que faire ?
Toutes les tentatives de Denise, y compris le remplacement du comportement par un autre plus acceptable au moyen du renforcement positif, l’extinction, la punition négative, la punition positive et autres, semblaient vouées à l’échec. Rien n’y faisant, elle finit par se résigner à l’usage de bouchons dans les oreilles pour maintenir un semblant de « détente » à l’heure du bain !

Un autre changement inattendu
Dans l’intérim, Denise faisait l’acquisition de Gitane, un caniche petit format (« miniature ») appelé à partager les espaces des oiseaux, notamment ceux de Bidule. Loin de créer une quelconque inquiétude chez Bidule, cette nouvelle présence a plutôt suscité un vif intérêt de sa part et il s’en est rapidement fait un fameux compagnon de jeu. Somme toute, les deux compères s’entendent admirablement bien.

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Avant de continuer plus loin dans cette histoire, il importe de mentionner un des attributs majeurs de Gitane, dévoilé dès son plus jeune âge : elle garde ! Elle garde avec véhémence ! Elle se préoccupe de toutes les intrusions possibles ou perçues : elle jappe fort, elle gronde, elle accoure et protège. Il est probable que ce comportement ne soit pas passé inaperçu auprès de Bidule…

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Une solution insoupçonnée
Après quelques mois, Gitane ayant atteint sa taille adulte et désormais habile à monter et descendre les escaliers, Denise décidait de la faire monter avec elle à l’heure de son bain. La chienne est déjà bien dressée (voir sur YouTube), elle se blottira donc sur le tapis de bain et attendra patiemment durant toute la cérémonie. Non seulement n’y a-t-il pas de problème de ce côté, il semble même, à la grande surprise de Denise, qu’un autre problème soit résolu par le fait même : Bidule ne crie pas lorsqu’il voit Gitane monter avec Denise et qu’il la sait présente et « de garde » dans la salle de bain. Ça c’est un dénouement inespéré !

Dans la tête d’un perroquet
On recommande habituellement de ne pas chercher à interpréter les comportements de nos perroquets autrement que par l’observation précise des manifestations qui leur sont directement reliées, mais il arrive que la tentation soit beaucoup trop forte… Se pourrait-il que Bidule, inaccoutumé notamment à des bruits d’eau qui coule à l’intérieur d’un mur, ait perçu un quelconque danger pour Denise lors de la cérémonie du bain ? Son observation de Gitane, qui suit Denise sur les talons partout dans la maison et qui a la ferme mission de la protéger, l’a-t-il convaincu que tout danger était nécessairement écarté par la présence de la chienne ?

Nous n’aurons jamais de réponses fermes à ces questions, mais une chose est certaine : aucun comportementaliste aviaire n’aurait suggéré l’achat d’un chien de garde pour régler ce problème de comportement !

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